Le jour où j’ai quitté Facebook

Je m’étais habitué à être beau et intelligent. Mon ego s’en retrouvait à flots. Narcisse en moi buvait la tasse. Et puis, j’ai quitté Facebook.

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Le plus souvent, ça poke à tout va, ça génère le malentendu, ça brise les couples. Meetic hypocrite, Facebook accélère et dénature ce qu’il y a de plus beau dans la « vraie » vie (qui n’a de vraie que les peaux qui se touchent, les regards qui s’appuient, les gestes qui soulèvent le cœur) : la rencontre. L’amour est impossible à vivre, là : les loups rôdent, les bites s’affichent, les catins s’excavent. La séduction, façon grande démarque, se dissimule sous le moindre clic. Quoi qu’on en dise, chacun y voit une manière d’exister davantage et à son avantage — cherchant telle confirmation existentielle auprès d’un peuple virtuel qui en ratifie le pacte, par ses “like”  ou ses commentaires. Votre vie devient une suite de notifications qui vous assurent que votre place sur terre n’est pas volée, finalement. Il est possible de partager ses goûts ou ses couleurs, mais on finit, bon an mal an, par tous s’enculer en couronne, comme on dit en bon français.

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Il suffit de choisir ses amis et de savoir raison garder, dit-on. Sauf à se croire une île, nul ne peut éviter ce profond délire narcissique qui fait de l’opinion une pensée ou de la surface une profondeur. Il ne faut pas prendre ces choses-là au sérieux, mais elles finissent pas vous pomper le sang et jeter votre cadavre aux chiens.

Big Brother domestique, vous y trouvez l’amour et le perdez. Vous n’y cherchez rien et y trouvez tout. Prisme de l’identité, tout le monde finit par vous regarder, dans ces rues qui existent encore, comme le monstre que vous avez créé : un avatar de fiction. Il vous suffit d’avoir dix publications par jour pour qu’on vous taxe de passer votre vie sur Facebook (sans imaginer un instant que c’est bien parce votre vie réelle est riche que vous pouvez nourrir votre mur autrement qu’en publiant votre caca du matin ou vos photos de vacances à Trouville). L’amitié façon Facebook alimente une drôle de communauté, le plus souvent fondée sur ce troisième moi qui réduit la fracture entre le moi social et le moi intime (même si vous ne vous entourez que de personnes que vous connaissez dans la vie, vous n’êtes pas au bout de vos surprises).

Et puis, la jalousie.

Aujourd’hui, je suis redevenu un type ordinaire. Je me souviens avec émotion de mon dernier jour sur Facebook. Il fallait mettre ça en scène. Et là, vous comptez sur les doigts d’une main les « amis » qui réagissent à l’annonce de votre seppuku virtuel. Après un roulement de tambours hyper-orgueilleux, ma dernière publication fut la dernière scène de Los Angeles 2013. Le doigt d’honneur le plus cool de l’histoire de Facebook. Je n’en suis pas peu fier. Ils me regretteront.

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Tout ça n’est pas sérieux. Sauf à parler des dommages collatéraux et de votre cœur brisé. Mais ça, c’est une autre histoire. Si peu fictive. Ce qu’il y a d’emmerdant, avec la vraie vie, c’est qu’il est plus difficile de la désactiver.

Et puis, Facebook, c’est has-been.

3 notes:

  1. moutonelectrique a publié ce billet
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FABIEN GAFFEZ

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